Just a dream...

dimanche 22 août 2010

Le tourisme (ou de l'art d'être patient...)

(... et poli, respectueux, calme, diplomate, souriant). Le tourisme, c'est un sacré boulot de taré. Surtout quand on est au contact du personnage principal. A savoir : le touriste, justement. Le fameux. Le touriste est un personnage particulier.

* Brève digression * Pour ceux qui me suivent de loin et qui viennent ici plus ou moins régulièrement, voici un court résumé de ces derniers mois. Depuis le début du mois d'avril, je suis en stage dans un office de tourisme du Jura qui gère un musée interactif. Après avoir brillamment (il faut le dire ! Oui monsieur !) terminé mon mémoire, je suis très souvent à l'accueil et à la gestion du musée. Durant ces quelques mois, j'ai pu rencontrer du touriste et parfois quelques phénomènes de première catégorie. Florilège.

Le Bisounours
Agréable et poli, il ne tarira d'éloges sur rien et s'enthousiasmera de tout. Facile à vivre et facile à contenter, compréhensif et compréhensible, il connait les rudiments de la politesse et les bases de la communication cordiale. Courtois, il ne cessera de remercier tout et tout le monde jusqu'à l'excès. Il met facilement la main au porte-monnaie, non ravi de laisser un pourboire conséquent alors même qu'il vient tout juste de passer la porte. Le Bisounours est le touriste sacré. Le touriste dont on rêve jours et nuits. Le touriste pour qui l'on sacrifierait tous les Saints. Rare et très recherché, c'est une espèce en voie de disparition : on n'en recense plus que quelques centaines en France. Si vous faites partie de cette catégorie, je vous aime.

Le bon élève
C'est le type sympa qui demande quelques infos avec le sourire et qui admet qu'on ne puisse pas tout savoir. Il est en vacances donc il est cool et ne se prend pas la tête. C'est le touriste agréable et juste assez poli pour ne pas en faire trop. Il fait en général preuve d'humour et me gratifie d'un "bonjour mademoiselle" plutôt enjoué. 

Le niais
Si le touriste niais est un peu lourd, il n'en est pas moins drôle ! L'air un peu perdu, il regarde tout autour de lui sans comprendre vraiment ce qu'il voit. Le niais ne sait généralement pas où il se trouve. Étrange animal, il ignore tout du village où il vient passer ses vacances, jusqu'au nom. Ne lui demandez pas s'il est en Franche-Comté ou en Bourgogne, pour lui c'est la même chose. Écorchant tous les noms des villages alentours, la situation devient totalement délirante quand il s'agit de lui indiquer une direction. Le niais est un être attendrissant et enfantin qui devient rapidement un méga boulet dont on a juste grave pitié ! 

Le "me fais pas chier" ou le "tu m'vois pas"
Il y a les bon élèves et puis les autres... la masse. Ceux qui évitent au maximum tout contact avec moi. Comme si le simple fait de croiser mon regard allait très certainement faire fondre leur porte-monnaie. Bref, ils la jouent "jtépavujtedipabonjour". Je deviens donc purement et simplement transparente et accueille avec une amabilité non retenue leur murmure de salutation lorsqu'ils ne peuvent plus faire autrement sous peine de passer dans la catégorie ultime du touriste "gros con" dont nous débattrons très largement ci-après. Le souhait le plus profond du "me fais pas chier" ? Ne pas se faire remarquer et m'éviter à tous les niveaux au prix d'efforts surhumains, quitte à marcher à reculons ou en pas chassés (true story). Il ne reste en général pas longtemps : il jette un coup d'oeil sur la documentation, fonce sur la terrasse en priant pour que je ne l'intercepte pas (et donc que je ne lui parle pas) et ressort aussi sec en prenant bien garde de ne pas se retourner pour me saluer, faut pas déconner !

Le beauf
Le beauf est un personnage bien connu de tous. Il est partout, et tout le temps. Le beauf en vacances est encore plus beauf qu'à l'accoutumée. C'est une période où il prend sa pleine puissance et développe toutes ses facultés. Facile à repérer, il est souvent torse-nu, laissant sa magnifique toison se dévoiler au grand jour, et ce pour mon plus grand bonheur. Le touriste beauf est généralement poli et chaleureux. Il ne se lasse pas de radoter le top10 de ses meilleures blagues salaces et de complimenter mon décolleté pourtant non plongeant avec un rire dégueulasse qui a le don de me mettre mal à l'aise. Le tout devant son épouse, est-il encore besoin de le préciser. Le touriste beauf n'est pas méchant, il est juste très très à son aise et aime s'étendre avec l'élégance d'un hippopotame en rut sur la terrasse du musée, attendant bien sagement que je lui serve son ptit jaune. Sauf que... ben... c'est un musée. En fait. Généreux et sacré plaisantin, il parle très fort hurle de sorte à ce que tout être plus ou moins vivant puisse profiter de sa divine présence et s'esclaffer à chacun de ses calembours d'une finesse exquise. D'aucuns lui associent souvent le Jacky, une variante particulièrement intéressante de cette branche complexe de l'évolution de l'humanité. 

Le gros con casse-couilles 
Passons à la catégorie supérieure. Le gros con casse-couilles est le genre de touriste intello (du moins, c'est ce qu'il essaie de faire croire) et très exigeant. Souvent vieux (et con), il pinaille pour un rien et s'offusque de tout. En clair, il n'a pas vocation à la gentillesse. Il est là pour faire chier et le revendique fièrement. Dire bonjour est un acte de soumission : il s'en passe donc tout à fait. Hautain et méprisant, il est généralement accompagné de son épouse et de quelques amis du même acabit. Jamais à court de reproches et de remarques vexantes, il ne se lasse pas de faire chier son monde, juste pour le plaisir. Le gros con casse-couilles ne peut accepter que je ne sache pas quel est le connard qui a dessiné (et non pas construit, soyons précis) la croix de mission de 1cm sur 2cm cachée derrière la tour en ruine d'un village inconnu du monde entier et même de ses propres habitants à 200km d'ici. Soit, il est exigeant, disais-je. Exigeant et quand même bien con ! Généralement, il a toujours deux cent mille questions du même genre. Tout lui est dû, et tout doit être gratuit. Enjambant délibérément les barrières du musée, il s'offusque quand je lui cours après pour lui signifier qu'il doit payer pour visiter. Victime et vexé, il affirme qu'il n'avait pas remarqué les barrières (qui mesurent pourtant 1m de haut). Il ne se dérangera pas non plus d'emprunter les toilettes pourtant privées et de les dégueulasser au plus haut point. Sûrement sa manière de marquer son territoire et de me signifier sa supériorité. Le gros con casse-couilles est un animal aux habitudes complexes et aux manières peu communes. Cependant, il est très facile à repérer. Il arrivera toujours 15 minutes avant l'ouverture et 2 minutes avant la fermeture. Ouvrez l'oeil (et crevez le sien !).

 

Beaucoup d'anecdotes au cours de ces mois. Beaucoup de cons, et quelques sympas. Mais beaucoup de cons. Ce sont ceux que l'on retient pour nous avoir particulièrement brisé les nerfs en mille, généralement lorsque le musée est bondé et que l'on doit être sur tous les fronts. Aujourd'hui, c'est mon dernier jour ici. Et même si le bilan reste positif, je suis heureuse de quitter le poste et de - enfin ! - prendre quelques vacances.

Posté par Zizanie à 18:50 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


The night is serving us

Il a suffit de quelques secondes pour que tout remonte. Ces secondes où l'on est plus trop sûr de s'être réveillé mais plus trop sûr non plus d'avoir rêvé, les membres encore engourdis d'une nuit au subconscient agité. Pendant ces quelques secondes, le rêve m'apparaissait clair, ordonné, d'une évidente cohérence. Limpide. Réel.

J'ouvrais doucement les yeux, brusqués par le jour perçant les rideaux. Tout devenait plus flou. Je perdais le fil. Les scènes se mélangeaient jusqu'à cette parfaite confusion des sens. Au fur et à mesure que les minutes s'écoulaient, presque immobile sous mes draps, les images qui m'apparaissaient devenaient plus absurdes les unes que les autres. Jusqu'au non sens absolu. 

Ne restaient plus que des bribes de pensées. Des idées, des scènes incongrues. Un trou béant entre chacune. Un visage, puis plus rien. Ce sentiment de n'avoir pas su saisir mon propre imaginaire. Cette perte de mémoire sélective et incontrôlée n'était rien de plus qu'un processus quotidien et frustrant.

Je fis un effort considérable pour me rendormir. Te retrouver parmi les milliers de rêves possibles dans mon subconscient affolé. Une salle de concert, des lumières tamisées, rouges, bleues, la peur au ventre. Doucement, je replongeais jusqu'à reconstituer la scène principale. Trouver la clef. La sortie du lycée, un parc, peut-être deux, un banc. La nuit sur un parking. En plein Paris brouillé. Tourner la clef. Un restaurant, plusieurs restaurants. La ville qui défile derrière la vitre et une mélodie qui accompagne le bruit du moteur. Tes mains sur le volant. Et ta fatigue, sûrement. C'est ton visage derrière la porte. Mais je n'ouvre pas. Ouvrir c'est tout remonter, tout ressortir. C'est me rappeler ma lâcheté et mes regrets. C'est me rappeler tes traits, ta peau, tes gestes. C'est me rappeler ce qu'il faut soigneusement mettre de côté, ces souvenirs qui ressemblent à ce rêve et qui n'en seront jamais plus et qui n'ont jamais pu l'être pour cent mille raisons. Pour cent mille foutues raisons.

Posté par Zizanie à 15:14 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

mercredi 21 avril 2010

Le Ballet

Elle était lasse… Fatiguée, usée. A bout. Elle était lasse de ces longues journées inutiles, lasse d’un quotidien qu’elle avait pourtant tant désiré, quand gamine elle rêvait, les yeux ouverts, les doigts croisés. Lasse de toutes ces années vaines, à ne plus rien attendre sinon un signe du Bon Dieu. Elle était lasse de ne pas voir s’arrondir son beau ventre blanc, fatiguée de fantasmer le bonheur d’être enfin mère pour le laisser à d’autres, aux hanches plus larges et aux yeux plus bleus.

Il était prêt. C’était sûr. Il le savait depuis longtemps mais les hommes sont parfois un peu lents. Ou peut-être trop prudents. Il était prêt et il comptait bien lui avouer, doucement, au creux de l’oreiller, dans un souffle, la gorge nouée et les mains moites. Elle rougirait, il en était sûr.

Elle a rougi, oui. Dans un grand élan d’amour et de tendresse, elle a saisi sa main et l’a posée sur son cœur. Et il a rougi. Lui aussi... Ils étaient là, apeurés comme deux jeunes amants, deux inconnus qui se découvrent à peine. Il caressa sa nuque, son cou et entoura son visage de ses grandes mains douces, brulantes et délicates. Intensément, ils échangèrent leurs arômes et mélangèrent leurs cœurs.

Elle dévoilait sa pudeur sans un mot, mais elle tremblait un peu. Elle tremblait à chaque fois. Si les hommes ne comprennent pas les femmes ce n’est pas toujours leur faute. Elle marquait dans sa chair son désir d’être mère, ne sachant plus s’il fallait ouvrir ou fermer les yeux. Elle retenait tout ce qu’elle pouvait retenir, de ce parfum sans nom, de cette saveur salée. Elle prenait son temps. Elle l’observait. C’est tellement beau, un homme heureux, un homme ailleurs, perdant la raison. Le plaisir d’être femme, de laisser ses saveurs bercer un homme, dans une tendre harmonie. Balançant, à droite, à gauche, à droite… ses hanches divines et  sa taille fragile.

La main de son amant glissait sur ses courbes, presque immaculées, redécouvrant avec humilité comme sa femme pouvait être belle. Il écrivait sur sa peau son désir d’être père, menant avec force le célèbre ballet charnel, parcourant les creux les plus insensés et les terres les plus fertiles. Les reins solides, le souffle maitrisé, il lui murmurait ces mots là, ces mots qu’il ne faut pas gâcher. Elle était belle. Légère… Ailleurs… Il en était fou. D’un dernier mouvement, de tout son corps transi, il sut que ce ne pouvait être qu’elle.

Délivrant en elle l’ivresse d’une nuit pleine de promesses…

 

Posté par Zizanie à 22:00 - Commentaires [1] - Permalien [#]

lundi 23 novembre 2009

Killing me soflty

Il suffit d'une chanson pour rebasculer. Les deux pieds dans le passé, les mains dans le plat. Sur la scène, là. Ce petit quart d'heure de gloire, ce tout petit quart d'heure. Ce tout petit quart d'heure là, qui ne vaut rien, qui n'est rien, c'est ma dérivée qui s'annule, mon profit maximum, ma putain de trouille qui s'alarme et les cordes qui s'animent.

Il y a plein de gens, plein. Y'en a trop putain, jpeux pas y aller. Et puis on y va quand même, on se prend par la main et on traverse le rideau. J'avais échouée là, paumée devant une foule de visages désordonnés. La première note, le premier mot. Le plus dur. Finalement, ça déroule, ça coule, tout seul. Le coeur s'allège, l'adrenaline se répand jusqu'à la moindre petite parcelle de chaire. On chante mal, ça vibre partout, dans le coeur, dans le crâne. Ca vibre sous les planches, ça vibre un peu faux. Ca fait peur mais franchement qu'est-ce que c'est bon !

Je ne sais plus si c'était moi, ce soir là. Je ne sais pas si je la retrouverai un jour, si elle aurait encore ce culot, la trouillarde, la pudique, la minus. Monter sur scène et se foutre presque à poils devant des lycéens sans pitié à 17 ans... est-ce que j'oserais encore ?

Posté par Zizanie à 23:07 - - Commentaires [3] - Permalien [#]