Il suffit d'une chanson pour rebasculer. Les deux pieds dans le passé, les mains dans le plat. Sur la scène, là. Ce petit quart d'heure de gloire, ce tout petit quart d'heure. Ce tout petit quart d'heure là, qui ne vaut rien, qui n'est rien, c'est ma dérivée qui s'annule, mon profit maximum, ma putain de trouille qui s'alarme et les cordes qui s'animent.

Il y a plein de gens, plein. Y'en a trop putain, jpeux pas y aller. Et puis on y va quand même, on se prend par la main et on traverse le rideau. J'avais échouée là, paumée devant une foule de visages désordonnés. La première note, le premier mot. Le plus dur. Finalement, ça déroule, ça coule, tout seul. Le coeur s'allège, l'adrenaline se répand jusqu'à la moindre petite parcelle de chaire. On chante mal, ça vibre partout, dans le coeur, dans le crâne. Ca vibre sous les planches, ça vibre un peu faux. Ca fait peur mais franchement qu'est-ce que c'est bon !

Je ne sais plus si c'était moi, ce soir là. Je ne sais pas si je la retrouverai un jour, si elle aurait encore ce culot, la trouillarde, la pudique, la minus. Monter sur scène et se foutre presque à poils devant des lycéens sans pitié à 17 ans... est-ce que j'oserais encore ?