Il a suffit de quelques secondes pour que tout remonte. Ces secondes où l'on est plus trop sûr de s'être réveillé mais plus trop sûr non plus d'avoir rêvé, les membres encore engourdis d'une nuit au subconscient agité. Pendant ces quelques secondes, le rêve m'apparaissait clair, ordonné, d'une évidente cohérence. Limpide. Réel.

J'ouvrais doucement les yeux, brusqués par le jour perçant les rideaux. Tout devenait plus flou. Je perdais le fil. Les scènes se mélangeaient jusqu'à cette parfaite confusion des sens. Au fur et à mesure que les minutes s'écoulaient, presque immobile sous mes draps, les images qui m'apparaissaient devenaient plus absurdes les unes que les autres. Jusqu'au non sens absolu. 

Ne restaient plus que des bribes de pensées. Des idées, des scènes incongrues. Un trou béant entre chacune. Un visage, puis plus rien. Ce sentiment de n'avoir pas su saisir mon propre imaginaire. Cette perte de mémoire sélective et incontrôlée n'était rien de plus qu'un processus quotidien et frustrant.

Je fis un effort considérable pour me rendormir. Te retrouver parmi les milliers de rêves possibles dans mon subconscient affolé. Une salle de concert, des lumières tamisées, rouges, bleues, la peur au ventre. Doucement, je replongeais jusqu'à reconstituer la scène principale. Trouver la clef. La sortie du lycée, un parc, peut-être deux, un banc. La nuit sur un parking. En plein Paris brouillé. Tourner la clef. Un restaurant, plusieurs restaurants. La ville qui défile derrière la vitre et une mélodie qui accompagne le bruit du moteur. Tes mains sur le volant. Et ta fatigue, sûrement. C'est ton visage derrière la porte. Mais je n'ouvre pas. Ouvrir c'est tout remonter, tout ressortir. C'est me rappeler ma lâcheté et mes regrets. C'est me rappeler tes traits, ta peau, tes gestes. C'est me rappeler ce qu'il faut soigneusement mettre de côté, ces souvenirs qui ressemblent à ce rêve et qui n'en seront jamais plus et qui n'ont jamais pu l'être pour cent mille raisons. Pour cent mille foutues raisons.