(... et poli, respectueux, calme, diplomate, souriant). Le tourisme, c'est un sacré boulot de taré. Surtout quand on est au contact du personnage principal. A savoir : le touriste, justement. Le fameux. Le touriste est un personnage particulier.

* Brève digression * Pour ceux qui me suivent de loin et qui viennent ici plus ou moins régulièrement, voici un court résumé de ces derniers mois. Depuis le début du mois d'avril, je suis en stage dans un office de tourisme du Jura qui gère un musée interactif. Après avoir brillamment (il faut le dire ! Oui monsieur !) terminé mon mémoire, je suis très souvent à l'accueil et à la gestion du musée. Durant ces quelques mois, j'ai pu rencontrer du touriste et parfois quelques phénomènes de première catégorie. Florilège.

Le Bisounours
Agréable et poli, il ne tarira d'éloges sur rien et s'enthousiasmera de tout. Facile à vivre et facile à contenter, compréhensif et compréhensible, il connait les rudiments de la politesse et les bases de la communication cordiale. Courtois, il ne cessera de remercier tout et tout le monde jusqu'à l'excès. Il met facilement la main au porte-monnaie, non ravi de laisser un pourboire conséquent alors même qu'il vient tout juste de passer la porte. Le Bisounours est le touriste sacré. Le touriste dont on rêve jours et nuits. Le touriste pour qui l'on sacrifierait tous les Saints. Rare et très recherché, c'est une espèce en voie de disparition : on n'en recense plus que quelques centaines en France. Si vous faites partie de cette catégorie, je vous aime.

Le bon élève
C'est le type sympa qui demande quelques infos avec le sourire et qui admet qu'on ne puisse pas tout savoir. Il est en vacances donc il est cool et ne se prend pas la tête. C'est le touriste agréable et juste assez poli pour ne pas en faire trop. Il fait en général preuve d'humour et me gratifie d'un "bonjour mademoiselle" plutôt enjoué. 

Le niais
Si le touriste niais est un peu lourd, il n'en est pas moins drôle ! L'air un peu perdu, il regarde tout autour de lui sans comprendre vraiment ce qu'il voit. Le niais ne sait généralement pas où il se trouve. Étrange animal, il ignore tout du village où il vient passer ses vacances, jusqu'au nom. Ne lui demandez pas s'il est en Franche-Comté ou en Bourgogne, pour lui c'est la même chose. Écorchant tous les noms des villages alentours, la situation devient totalement délirante quand il s'agit de lui indiquer une direction. Le niais est un être attendrissant et enfantin qui devient rapidement un méga boulet dont on a juste grave pitié ! 

Le "me fais pas chier" ou le "tu m'vois pas"
Il y a les bon élèves et puis les autres... la masse. Ceux qui évitent au maximum tout contact avec moi. Comme si le simple fait de croiser mon regard allait très certainement faire fondre leur porte-monnaie. Bref, ils la jouent "jtépavujtedipabonjour". Je deviens donc purement et simplement transparente et accueille avec une amabilité non retenue leur murmure de salutation lorsqu'ils ne peuvent plus faire autrement sous peine de passer dans la catégorie ultime du touriste "gros con" dont nous débattrons très largement ci-après. Le souhait le plus profond du "me fais pas chier" ? Ne pas se faire remarquer et m'éviter à tous les niveaux au prix d'efforts surhumains, quitte à marcher à reculons ou en pas chassés (true story). Il ne reste en général pas longtemps : il jette un coup d'oeil sur la documentation, fonce sur la terrasse en priant pour que je ne l'intercepte pas (et donc que je ne lui parle pas) et ressort aussi sec en prenant bien garde de ne pas se retourner pour me saluer, faut pas déconner !

Le beauf
Le beauf est un personnage bien connu de tous. Il est partout, et tout le temps. Le beauf en vacances est encore plus beauf qu'à l'accoutumée. C'est une période où il prend sa pleine puissance et développe toutes ses facultés. Facile à repérer, il est souvent torse-nu, laissant sa magnifique toison se dévoiler au grand jour, et ce pour mon plus grand bonheur. Le touriste beauf est généralement poli et chaleureux. Il ne se lasse pas de radoter le top10 de ses meilleures blagues salaces et de complimenter mon décolleté pourtant non plongeant avec un rire dégueulasse qui a le don de me mettre mal à l'aise. Le tout devant son épouse, est-il encore besoin de le préciser. Le touriste beauf n'est pas méchant, il est juste très très à son aise et aime s'étendre avec l'élégance d'un hippopotame en rut sur la terrasse du musée, attendant bien sagement que je lui serve son ptit jaune. Sauf que... ben... c'est un musée. En fait. Généreux et sacré plaisantin, il parle très fort hurle de sorte à ce que tout être plus ou moins vivant puisse profiter de sa divine présence et s'esclaffer à chacun de ses calembours d'une finesse exquise. D'aucuns lui associent souvent le Jacky, une variante particulièrement intéressante de cette branche complexe de l'évolution de l'humanité. 

Le gros con casse-couilles 
Passons à la catégorie supérieure. Le gros con casse-couilles est le genre de touriste intello (du moins, c'est ce qu'il essaie de faire croire) et très exigeant. Souvent vieux (et con), il pinaille pour un rien et s'offusque de tout. En clair, il n'a pas vocation à la gentillesse. Il est là pour faire chier et le revendique fièrement. Dire bonjour est un acte de soumission : il s'en passe donc tout à fait. Hautain et méprisant, il est généralement accompagné de son épouse et de quelques amis du même acabit. Jamais à court de reproches et de remarques vexantes, il ne se lasse pas de faire chier son monde, juste pour le plaisir. Le gros con casse-couilles ne peut accepter que je ne sache pas quel est le connard qui a dessiné (et non pas construit, soyons précis) la croix de mission de 1cm sur 2cm cachée derrière la tour en ruine d'un village inconnu du monde entier et même de ses propres habitants à 200km d'ici. Soit, il est exigeant, disais-je. Exigeant et quand même bien con ! Généralement, il a toujours deux cent mille questions du même genre. Tout lui est dû, et tout doit être gratuit. Enjambant délibérément les barrières du musée, il s'offusque quand je lui cours après pour lui signifier qu'il doit payer pour visiter. Victime et vexé, il affirme qu'il n'avait pas remarqué les barrières (qui mesurent pourtant 1m de haut). Il ne se dérangera pas non plus d'emprunter les toilettes pourtant privées et de les dégueulasser au plus haut point. Sûrement sa manière de marquer son territoire et de me signifier sa supériorité. Le gros con casse-couilles est un animal aux habitudes complexes et aux manières peu communes. Cependant, il est très facile à repérer. Il arrivera toujours 15 minutes avant l'ouverture et 2 minutes avant la fermeture. Ouvrez l'oeil (et crevez le sien !).

 

Beaucoup d'anecdotes au cours de ces mois. Beaucoup de cons, et quelques sympas. Mais beaucoup de cons. Ce sont ceux que l'on retient pour nous avoir particulièrement brisé les nerfs en mille, généralement lorsque le musée est bondé et que l'on doit être sur tous les fronts. Aujourd'hui, c'est mon dernier jour ici. Et même si le bilan reste positif, je suis heureuse de quitter le poste et de - enfin ! - prendre quelques vacances.